mardi 9 décembre 2014

Road-movie. ( 1er volet )


Elle ferme sa valise d'un seul coup sec. Elle la trouve plus légère qu'elle ne le pensait. Elle se glisse tout au long d'un couloir encombré de souvenirs, de tranches d'une vie qui n'était même pas la sienne. Puis, elle ferme à clé la porte de son appartement. 

Ciel voilé, pas de lune. Elle décide de descendre les escaliers malgré l'obscurité qui envahissait les paliers. Pas besoin de se guider par la rampe, elle les connaissait par cœur...huit marches, trois pas, on tourne à gauche, huit marches...
( Combien de fois les ai-je montés pendant mon enfance ? )

La rue semble être suspendue dans le temps. Il est trois heures vingt-cinq. Elle regarde à gauche, à droite, à gauche de nouveau...
Un taxi libre la dépasse. Quelques mètres plus loin, le chauffeur décide de freiner de son plein gré. Il fait demi-tour et s'arrête juste devant elle. Un zéphyr ondoie sa blouse mal boutonnée. Il baise la vitre sans rien dire. Elle croit deviner un homme dans la quarantaine, petite barbe, lunettes, vieux cardigan gris. Elle ouvre la porte de la banquette arrière, s'assied, et pose la valise sur ses genoux.

- Quelle destination? Demande-t-il en la scrutant par le rétroviseur.

Elle n'avait pas de réponse.

( Même pas laissé un petit mot ).


lundi 8 décembre 2014



Moi...
accentuelle...
bohémienne...
croqueuse...
dansable...
égrillarde...
funambule...
Gioconda...
hagarde...
inachevée...
kiffeuse...
juteuse...
labyrinthique...
miauleuse...
noctambule...
observatrice...
pétillante...
révoltée...
snobinette...
timide...
ululeuse...
vagabondeuse...





mercredi 10 septembre 2014


C'est difficile de garder un sourire au coeur quand on a déjà découvert ce qui se cache derrière le rideau...

samedi 30 août 2014


Dernier samedi du mois d'août.

Huit heures le matin...
Je ne veux pas me réveiller, quitter le lit, commencer une nouvelle journée.
J'ai envie de rester assoupie entre mes draps.
( Il ira mieux aujourd'hui ? )
Sois sage, rendors-toi... - Je me dis tout doucement.

Dix heures le matin...
Radio, petit café assise en face de la mer, ciel parsemé de quelques touches en coton...
Je descends. 
J'aime sentir la chaleur collée à ma peau.
( Je voudrais sentir sa respiration collée à ma peau...)
La rue est calme. Je flotte. Je deviens invisible aux gens.
Je flâne, j'observe, je respire...
( Et je me demande de nouveau s'il ira mieux aujourd'hui...)


mercredi 6 août 2014



Tous les ans, un marché en plein air s'installe aux alentours de l'un des jardins de la ville...
Les bouquinistes viennent vendre des livres anciens...des bandes dessinées dépourvues déjà de couleurs vivantes...des vinyles qui dégagent une délicieuse bouffée de nostalgie...

Une petite boîte en carton déglinguée, truffée de cartes postales en noir et blanc et qui demeurait dans un coin attira mon attention...
Un homme se délectait de la découverte. Il les regardait, les feuilletait soigneusement...il prenait même le temps de les lire...
Je me suis posté à côté de lui, en faisant semblant d'être intéressée par de vieilles planches au crayon...
Il avait l'air d'être quelqu'un de curieux...de cultivé...de méticuleux...
( Cheveux plutôt grisonnants, lunettes élégantes, pantalon en lin clair, chemise à manches courtes bleue foncée et souliers marron impeccables...)
( Je n'ai pas aimé ses mains...)

On a finit par partager ce petit trésor inattendu offrant des tranches de vie lointaines, et qui était pour autant, et à ma grande surprise, méprisé par le regard de la plupart des passants...




mardi 5 août 2014


Elle était, elle aussi, une femme à mille-feuille...


Le 2 Mars 1961
Cher Docteur Greenson,
J'ai demandé à May Reis [l'assistante personnelle de Marilyn Monroe] de taper ceci car mon écriture n'est pas clairement lisible, mais j'ai aussi inclus ces notes et vous verrez ce que je veux dire.
M.M.
1er Mars 1961,
J'ai regardé à l'instant par la fenêtre de l'hôpital, et désormais, là où la neige avait tout recouvert, tout est un peu vert: l'herbe et les minables buissons, ceux qui ne perdent pas leurs feuilles (même si les arbres ne sont pas très encourageants), les branches nues et lugubres annoncent peut-être le printemps et sont peut-être un signe d'espoir.
Avez-vous vu Les désaxés? Dans l'une des scènes, vous pouvez voir à quel point un arbre peut m'apparaître étrange et nu. Je ne sais pas si ça apparaît vraiment à l'écran... Je n'aime pas la façon dont certaines scènes ont été montées. Depuis que j'ai commencé à écrire cette lettre, quatre larmes silencieuses ont coulé. Je ne sais pas vraiment pourquoi.
La nuit dernière, je suis encore restée éveillée toute la nuit. Parfois je me demande à quoi sert le temps de la nuit. Pour moi, il n'existe presque pas, et tout me semble n'être qu'un long et affreux jour sans fin. Enfin, j'ai essayé de profiter de mon insomnie pour être constructive et j'ai commencé à lire la correspondance de Sigmund Freud. En ouvrant le livre pour la première fois, j'ai vu la photographie de Freud et j'ai éclaté en sanglots: il avait l'air très déprimé (cette photo a dû être prise peu de temps avant sa mort), comme s'il était mort en homme désabusé... Mais le Dr Kris m'a dit qu'il souffrait énormément physiquement, ce que j'avais appris dans le livre de Jones. Mais je pense avoir raison aussi, je fais confiance à mon intuition car je sens une triste lassitude sur son doux visage. Le livre prouve (même si je ne suis pas sûre que l'on doive publier les lettres d'amour de quelqu'un) qu'il était loin d'être coincé! J'aime son humour doux et un peu triste, son esprit combatif qui ne l'a jamais quitté. Je suis pas encore allée très loin dans la lecture car je lis l'autobiographie de Sean O'Casey en même temps (vous ai-je déjà raconté qu'il m'a un jour envoyé un poème?). Ce livre me dérange beaucoup, enfin, dans la mesure où l'on peut être dérangé par ce genre de choses.
Il n'y avait aucune empathie à la clinique Paine Whitney, et cela m'a fait beaucoup de mal. On m'a interrogée après m'avoir mise dans une cellule (une vraie cellule en béton et tout) pour personnes vraiment dérangées, les grands dépressifs, (sauf que j'avais l'impression d'être dans une sorte de prison pour un crime que je n'avais pas commis). J'ai trouvé ce manque d'humanité plus que barbare. On m'a demandé pourquoi je n'étais pas bien ici (tout était fermé à clefs: des choses comme les lampes électriques, les tiroirs, les toilettes, les placards, il y avait des barreaux aux fenêtres... les portes des cellules étaient percées de fenêtres pour que les patients soient toujours visibles, on pouvait voir sur les murs des traces de la violence des patients précédents).
J'ai répondu: "Eh bien, il faudrait que je sois cinglée pour me plaire ici." Puis des femmes se sont mises à crier dans leur cellule, enfin j'imagine qu'elles hurlaient parce que la vie leur était insupportable... Dans ces moments-là, je me disais qu'un psychiatre digne de ce nom aurait dû leur parler. Pour alléger leur misère et leur peine, ne serait-ce que temporairement. Je pense qu'ils (les médecins) pourraient même apprendre quelque chose... Mais ils ne sont intéressés que par ce qu'ils ont étudié dans les livres. J'étais surprise parce qu'ils savaient déjà tout ça. Peut-être qu'ils pourraient en apprendre davantage en écoutant des êtres humains vivants et en souffrance. J'ai le sentiment qu'ils se soucient plus de leur discipline et qu'ils laissent tomber leurs patients après les avoir fait "plier". Ils m'ont demandé de me mêler aux autres patients, d'aller en thérapie de groupe. "Et pour quoi faire?" ai-je demandé. "Vous pourriez coudre, jouer aux dames, ou même aux cartes, ou encore tricoter." J'ai essayé de leur expliquer que le jour où moi je ferais cela, ils auraient vraiment une cinglée sur les bras. Ce sont vraiment les dernières choses que j'avais à l'esprit. Ils m'ont demandé si je me sentais "différente" (des autres patients je suppose) et je me suis dit que s'ils étaient assez stupides pour me poser de telles questions, je devais leur donner une réponse toute simple, aussi ai-je dit: "Oui, je le suis".
Le premier jour, j'ai effectivement rencontré une autre patiente. Elle m'a demandé pourquoi j'étais si triste et m'a suggéré d'appeler un ami pour peut-être me sentir moins seule. Je lui ai répondu qu'on m'avait dit qu'il n'y avait pas de téléphone à cet étage. A propos des étages, ils sont tous verrouillés: personne ne peut ni entrer ni sortir; elle a paru choquée et surprise et elle m'a dit: "Je vais vous conduire au téléphone". En attendant mon tour pour le téléphone, j'ai remarqué un garde (je l'ai reconnu à son uniforme gris) et quand j'ai voulu décrocher le combiné, il me l'a arraché des mains et m'a dit très fermement: "Vous, vous ne pouvez pas utiliser le téléphone." D'ailleurs, ils se vantent de leur ambiance "comme à la maison". Je leur ai demandé (aux médecins) ce qu'ils entendaient par là. Ils m'ont répondu: "Eh bien, au sixième étage, nous avons de la moquette au sol et du mobilier moderne", ce à quoi j'ai répondu: "Eh bien, c'est le genre de choses que n'importe quel architecte d'intérieur peut fournir, à condition d'avoir les fonds nécessaires", mais puisqu'ils s'occupent d'êtres humains, pourquoi ne réalisent-ils pas ce qui rend un intérieur plus humain?
La fille qui m'a parlé du téléphone avait l'air tellement vague et pathétique. Après l'incident avec le garde, elle m'a dit: "J'ignorais qu'ils feraient cela". Puis elle a ajouté: "Je suis ici en raison de mes troubles mentaux... Je me suis ouvert la gorge plusieurs fois et les veines aussi", elle a dit l'avoir fait trois ou quatre fois.
La seule chose que j'avais à l'esprit en l'écoutant c'est un refrain:
"Mêlez-vous les uns aux autres mes frères
Sauf si vous êtes nés solitaires"
Enfin, les hommes cherchent à atteindre la lune mais ils n'ont pas l'air très intéressés pas le cœur qui bat de l'être humain. Quand bien même on pourrait changer, on peut ne pas le vouloir. A propos, c'était le thème des désaxés, mais personne ne s'en est rendu compte. J'imagine que c'est sans doute à cause des modifications du script et des changements imposés par la mise en scène...
Ecrit plus tard:
Je sais que je ne serai jamais heureuse, mais je peux être gaie! Vous vous rappelez que Kazan prétendait que j'étais la fille la plus gaie qu'il ait jamais connu, et croyez-moi il en a connu beaucoup! Mais il m'a aimée pendant un an et, une nuit où j'étais très angoissée, il m'a bercée jusqu'à ce que je m'endorme. Il m'avait aussi conseillé de faire une analyse et plus tard il a voulu que je travaille avec son professeur, Lee Strasberg.
Est-ce Milton qui a écrit: "Les gens heureux ne sont jamais nés."? Je connais au moins deux psychiatres qui cherchent une approche plus positive des choses.
CE MATIN, 2 MARS
Cette fois encore, je n'ai pas dormi de la nuit. J'ai oublié de vous dire quelque chose hier. Quand on m'a mise dans la première chambre, au sixième étage, on ne m'a pas dit qu'il s'agissait d'une section psychiatrique. Le Dr Kris m'a affirmé qu'elle passerait me voir le lendemain. L'infirmière est entrée, après que le docteur (un psychiatre) m'a fait un examen médical y compris un examen des seins pour s'assurer que je n'avais pas de grosseur mammaire. J'ai protesté, mais sans violence, en expliquant que le médecin qui m'avait fait entrer, un imbécile du nom de Lipkin, m'avait fait subir un check-up complet il y a moins d'un mois.
Mais quand l'infirmière est entrée, j'ai remarqué qu'il n'y avait aucun moyen de l'appeler, même pas de sonnette. J'ai demandé des explications et elle m'a appris que j'étais dans une section psychiatrique. Après son départ, je me suis habillée et c'est là que, dans l'entrée, j'ai rencontré la fille pour le téléphone. J'étais en train d'attendre devant la porte de l'ascenseur qui ressemble à toutes les autres portes avec une poignée mais sans les numéros (vous voyez, on les a tous retirés). Après que la fille m'ait parlé de ce qu'elle s'était infligée à elle-même, je suis retournée dans ma chambre en sachant qu'on m'avait menti pour le téléphone et je me suis assise sur le lit en pensant à ce que je ferais dans cette situation à un cours d'improvisation théâtrale. Alors je me suis dit, on ne graisse pas une roue tant qu'elle ne grince pas. Je reconnais que j'ai poussé la métaphore un peu loin, mais j'ai piqué cette idée dans Troublez-moi ce soir, un film dans lequel j'ai tourné il y a longtemps.
J'ai pris une chaise pas trop lourde et je l'ai balancée volontairement contre la vitre, ça n'était pas facile parce que je n'ai jamais rien cassé de ma vie. J'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois pour obtenir un petit morceau de verre brisé; ensuite, j'ai caché le bout de verre dans ma main et je me suis assise tranquillement sur le lit en attendant qu'ils arrivent. Ils sont arrivés et je leur ai dit que s'ils me traitaient comme une folle, j'agirais comme une folle. J'avoue que la suite est grotesque, mais je l'ai vraiment fait dans le film, sauf que c'était avec une lame de rasoir. J'ai leur ai fait comprendre que j'allais me taillader les veines s'ils ne me laissaient pas sortir - ce que je n'aurais jamais fait car comme vous le savez, Dr Greenson, je suis une actrice, et je ne m'infligerais jamais volontairement ni marque, ni blessure, je suis bien trop vaniteuse pour cela. Rappelez-vous, quand j'ai essayé d'en finir, j'ai fait cela très soigneusement avec dix comprimés de seconal et dix de tuonal que j'ai avalés avec soulagement (c'est du moins ce que je ressentais sur le moment).
Je n'ai pas voulu coopérer avec eux car je ne pouvais pas approuver leur façon de faire. Ils m'ont demandé de venir gentiment mais j'ai refusé de bouger et je suis restée sur le lit. Alors, ils s'y sont mis à quatre, deux hommes et deux femmes très costauds pour me transporter à l'étage supérieur. Je dois admettre qu'ils ont eu la décence de me porter avec la tête tournée vers le sol. Au moins, voyez-vous, je n'avais pas le visage découvert. J'ai juste pleuré silencieusement tout le long du chemin et on m'a enfermée dans la cellule dont je vous ai parlé et la grosse vache, une de celles qui m'avaient transportée dans la chambre, m'a ordonné de prendre un bain. Je lui ai expliqué que je venais d'en prendre un et elle m'a dit d'un ton sans réplique: "Dès que vous changez d'étage, vous devez prendre un bain".
Le directeur de l'établissement, qui ressemblait à un principal de collège, même si le Dr Kris l'appelle "administrateur", m'a interrogée en se prenant pour un analyste. Il m'a dit que j'étais une fille très très malade et que j'étais comme ça depuis des années. Cet homme méprise ses patients et je vous dirai pourquoi dans un moment. Il m'a demandé comment je pouvais réussir à travailler dans un état aussi dépressif. Il voulait savoir si cela avait des conséquences sur mon jeu et il m'a posé cette question sur un ton assuré et définitif. En fait, il présentait cela comme un fait plutôt qu'une possibilité, aussi lui ai-je fait remarquer que Greta Garbo et Charlie Chaplin et peut-être aussi Ingrid Bergman avaient parfois travaillé alors qu'ils étaient en dépression. Je lui ai d'ailleurs dit que cela était aussi stupide que d'affirmer qu'un joueur de baseball comme Di Maggio ne pouvait pas frapper une balle lorsqu'il était déprimé. C'est absolument ridicule.
A propos, j'ai de bonnes nouvelles, en quelque sorte, puisque je crois que j'ai été utile à quelque chose, enfin c'est ce qu'il affirme. Joe dit que je lui ai sauvé la vie en l'adressant à un psychothérapeute dont le Dr Kris dit que c'est un excellent médecin. Joe dit qu'il s'est repris en main après le divorce, mais il dit aussi que s'il avait été à ma place, il aurait lui aussi demandé le divorce. 
Pour Noël, il m'a envoyé un champ entier de poinsettias. J'ai demandé qui me les avait envoyé tellement j'étais surprise (mon amie Pat Newcomb était là quand on me les a apportées). Elle m'a dit: "Je ne sais pas trop, la carte dit juste: "MEILLEURS VOEUX JOE"". Je lui ai répondu "Il n'y a qu'un seul et unique Joe." Comme c'était le soir de Noël, je l'ai appelé et je lui ai demandé pourquoi il m'avait envoyé les fleurs. Il m'a dit: "D'abord, parce que j'ai pensé que tu me téléphonerais pour me remercier, et puis qui d'autre pourrait bien t'en envoyer? Tu n'as que moi au monde." Il a ajouté: "Je sais que quand j'étais marié avec toi, je n'ai jamais été embêté ni jamais vu la moindre belle-famille".

Bref, il m'a proposé de prendre un verre avec lui un de ces jours. Je lui ai fait remarquer qu'il ne buvait jamais. Il m'a dit que maintenant il buvait de temps en temps, alors je lui ai dit que j'étais d'accord, à condition d'aller dans un endroit très très sombre. Il m'a demandé ce que je faisais pour Noël; je lui ai dit: "Rien de spécial, je suis avec une amie". Il m'a demandé s'il pouvait passer. J'étais heureuse qu'il vienne, même si je dois dire que j'étais déprimée et que je pleurais sans arrêt, pourtant j'étais tout de même ravie de son arrivée.
Je pense qu'il vaut mieux que je m'arrête là parce que vous avez sûrement d'autres choses à faire. Merci de m'avoir écoutée un moment.
Marilyn M.
PS: Lorsque je prononçais le nom d'une certaine personne vous aviez l'habitude de lisser votre moustache et de regarder le plafond. Vous savez de qui je parle n'est-ce-pas? Il a été pour moi (en secret) un très tendre ami. Je sais que vous n'allez pas me croire mais vous devez faire confiance à mon intuition. C'était un genre de brève passade. Je n'avais jamais connu ça avant mais maintenant c'est fait. Il est très attentionné au lit.
Je n'ai aucune nouvelle d'Yves, mais cela m'est égal car j'en garde un souvenir tellement fort, tendre et merveilleux.
Je suis presque en larmes...
( Lettre de Marilyn Monroe à son psychiatre ).

mercredi 23 juillet 2014




" Chaque fois que je me promenais dans le temps, quand je pouvais me promener à Buenos Aires, et chaque fois que je me promène ici, à Paris, seul, surtout la nuit, je sais très bien que je ne suis pas le même qui pendant la journée mène une vie ordinaire et normale...il est évident que ce fait de se mettre à marcher, cet état ambulatoire, où à un moment donné on cesse d'appartenir au monde ordinaire, me situe par rapport à la ville et situe la ville par rapport à moi, dans une relation que les surréalistes aimaient à appeler "privilégiée"...à ce moment-là, se produit vraiment le passage, le pont, les osmoses, les signes, les découvertes...
Marcher dans Paris, et c'est pour ça que je qualifie Paris de ville mythique, signifie avancer vers moi, mais c'est impossible de le dire avec des paroles, c'est-à-dire, que dans cet état, où j'avance un peu perdu, dans une distraction qui me fait regarder des affiches, des enseignes, des bistros, des gens qui passent, et établir tout le temps des relations qui composent des phrases, des bribes de pensées et de sentiments, tout ça crée un système de constellations mentales et surtout des constellations sentimentales qui déterminent un langage que je ne peux pas exprimer par les mots...

Il y a à Paris, par exemple, des lieux qui ont été toujours privilégiés pour moi...au Pont Neuf, à côté de la statue d'Henri IV, il y a un réverbère dans le fond...là où l'on descend pour prendre le Bateau-Mouche...là, la nuit, à minuit, quand il n'y a personne, ce coin-là, solitaire, c'est absolument pour moi un tableau de Paul Delvaux...et il y a le sentiment du mystère qu'il y a dans les tableaux de Paul Delvaux...cette imminence d'une chose qui peut se manifester et qui vous met dans une situation qui n'a plus rien à voir avec les catégories logiques...les événements ordinaires...
Je pourrais vous parler aussi du métro à Paris. Le métro a été depuis toujours pour moi, un lieu de passage, il me suffit d'y descendre pour entrer dans une catégorie logiquement tout à fait différente, où le temps change...d'ailleurs, dans l'une de mes nouvelles, El perseguidor, il y a un personnage qui découvre que le temps est complètement différent  quand on est dans le métro que quand on est en surface, et il peut même le prouver logiquement, ça, c'est une expérience que j'ai , au moins, tous les quinze jours...c'est-à-dire, brusquement découvrir que dans certains états de distractions dans le métro, on a le sentiment que l'on peut habiter dans un temps qui n'a aucun rapport avec le temps qui existe en surface quand on sortira une fois de plus dans la rue...Et il y a aussi les galeries couvertes, la Galerie Vivienne...tous ces endroits de Paris que les gens parcourent pour aller à la recherche d'une boutique et qui, pourtant, étaient  des lieux hantés de Lautréamont...toutes ces galeries couvertes qui font un Paris absolument magique, mystérieux, c'est ce que j'appelle mythique..."

( Extraits d'une interview de Julio Cortazar )

  

dimanche 20 juillet 2014


Je suis de celles qui s'attachent à certains endroits...
De temps à autre, j'aime vagabonder entre les rayons d'une librairie...
Simplement pour le plaisir de promener mon regard sur les livres...
De les toucher, de les feuilleter et de sentir leur odeur...
Ma dernière acquisition, " Remise de peine ", de Patrick Modiano...
Ses histoires ne m'emballent pas...
Je ne les lis pas d'un pas affamé...
Et pourtant...
J'arrive à me plonger dans leur esprit mélancolique...
À trouver de la beauté entre leurs lignes...
À connecter avec ses romains qui bâtissent, entre lui et moi, un lien en lierre tissé...





Sortir me promener une soirée estivale sous un ciel voilé...
M'asseoir à la terrasse d'un petit café à côté de la mer...
Me permettre d'être agréablement surprise par un paysage qui fait déjà partie de moi...
Me régaler avec une bière bien fraîche et mes tapas préférées...
Sourire aux commentaires loufoques d'une serveuse âgée qui me font rajeunir, en quelque sorte, de joie et de plaisir...
La remercier avec mon regard...
Me sentir un peu moins vide... 



dimanche 13 juillet 2014



Parfois, un besoin fou d'avoir du goût pour la vie habite en moi... 
Un désir intense de me sentir vivante...
Et à ces moments-là...
La musique est la seule qui est pour de vrai à mes côtés...





( Une touche exotique de folie brésilienne pour le blog... )
( À consommer sans modération... )


mardi 8 juillet 2014


Une version simplement délicieuse...
qui invite à essayer les jeux les plus délicats et savoureux...




lundi 7 juillet 2014


Moi, des talons? Non...je marche pieds nus, parce que chaque chose je dois la sentir avec la peau...

Mariella Buscemi.

" Un seul individu peut nous manquer même si on est entouré par d'innombrables autres. Ces personnes sont des figurants. Elles troublent notre vue. C'est une foule insignifiante, c'est une distraction importune, donc, on cherche l'oubli dans la solitude, mais la solitude te fait dépérir encore plus..."

Jean Giraudoux.


Un jour, dans l'un de ses magnifiques textes, il m'avait dit que j'étais sa lectrice idéale, une sorte de muse qui lui permettait de se rapprocher de son côté le plus sensible, le plus intime...

Moi, je n'écris que pour lui...Il m'aide à dénicher la beauté là où elle est quelque chose d'improbable... il m'inspire, me stimule, me guide, me provoque, attise en moi le désir d'ouvrir mon esprit à l'aide des mots...

Écrire est pour moi un synonyme de liberté...c'est comme si ces deux mots étaient enlacés par un fil invisible, indestructible, impossible à briser...le même "fil immortel" qui me lie à lui...

Néanmoins...parfois...je sens que mes pensées sont noyées dans une sorte de brume épaisse...comme s'il s'agissait d'un casse-tête dont les pièces ( les mots ) seraient parsemés dans les couloirs d'un labyrinthe sans issue...

Et quand cela m'arrive, je tourne en rond comme un fauve en cage...j' ( lui ) écris dans ma tête...je rédige, j'efface, je re-rédige et j'efface de nouveau. Je me sens maladroite, incapable d'ordonner mes idées, de trouver des mots simples, des mots adéquats, ceux qui expriment mon état d'esprit, ceux qui servent à lui raconter mes journées, ceux qui devraient se présenter comme un souffle...comme un brin de quiétude et de liberté...

Il y avait, au plus profond de moi, trois mots qui empêchaient mon cerveau de respirer, trois mots qui bloquaient ma pensée...qui me rendaient, presque, incapable de communiquer...trois mots que j'avais besoin de prononcer...

Il me manque...

Lui et une liste de choses, ou plutôt de sensations, d'émotions, que j'aimerais dresser à la Sei Shonagon...
Et de cette liste-là, je pourrais puiser de très beaux mots à la louche...

...baiser, joue, havre, flâner, apaisement, voix, tendresse, écoute, sourires, odeur, regard, sillonner, peau, douceur, caresser, mains, glisser, recoins, corps, intimité, graver, mémoire, nombril, frôler, lèvres, t'offrir, plaisir...
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( La nuit est tombée. La fenêtre de mon bureau reste mi-ouverte. Il n'y a que le son du silence et celui de mes doigts sur le clavier. Je relis mon texte...il ne me plaît pas...)
( Une petite brise se faufile dans la pièce...)


lundi 21 avril 2014


( Voyage en arrière...)

Petite Amélie...
Huit ou neuf ans...
Elle adorait mettre une douce veste en laine que sa mère avait tricotée pour elle...
Un jardin aux papillons...
Sur un beau fond à la Soulages...





Un dimanche comme celui-ci...


- Et toi ? Tu te mets aux fabes quand?

( Le propriétaire du resto m'a demandé en caressant mes cheveux...)
( Un homme l'air pépère, rondelet, aux yeux bleus, petite barbiche blanche...)

- Pas vraiment ma tasse de thé...désolée...

- Tu as bien raison, il faut se délecter de ce qui nous fait plaisir...

                **************                 

Le tohu-bohu enlaçait la place...
Les gens causaient plongés dans une certaine insouciance...
J'observais le tout comme on contemple un tableau d'art abstrait...
Comme on regarde celui qui s'adresse à nous dans une langue étrangère...
Ma pensée me demandait de me lever, de cheminer, de disparaître...

             **************            

L'heure bleue des dimanches est la plus encombrante de toutes...
Du côté de la mer tout semble trompeusement plus facile...
L'écho de mes talons sur le quai...
Le ciel qui se teint d'un bleu foncé...
Et le silence et la solitude qui sont la plus fidèle des présences...





Enivrez-moi...
De vos mots captivants...
De votre regard empreint de désir...
De votre appétit prédateur sur mon nombril...
De votre toucher avide de dénicher mon île à moi...
De vos baci sur le creux dessiné par ma peau et la soie...
De vos lèvres qui sillonnent capricieusement mon cou...
Du plus délectable de vos jus, de votre sourire lascif, de vos envies qui 
me subjuguent, du souffle de votre jouissance en moi...

dimanche 20 avril 2014


Allongée...mon dos sur le sable...
Ma tête qui se repose sur ses jambes...
Le soleil, doux, qui câline mes paupières...

( Quelques instants volés, déguisés en grain de sel, qui me comblent de tendresse...)

dimanche 30 mars 2014

La nuit apparaît dans le lointain...
Elle s'approche, doucement, d'un pas léger...
Je me hisse sur la pointe de mes pieds, je deviens aérienne et je me fonds avec elle...

La ville est en fête. On sent l'odeur des cafés débordés par une musique étouffée par le brouhaha, par l'alcool qui coule, par les éclats de rire des bons vivants...
L'insouciance prend le relais...

Les effluves dégagés par le passé sont subtiles... 
Ils se glissent entre nos doigts pour ne plus y retourner... 
La vie s'égrène et devient errante...
Et l'immortalité reste soudée à l'ineffable...


lundi 10 mars 2014


La belle saison...
Elle est déjà là...
C'est ma mémoire olfactive qui me l'a dit...
Elle a tissé un fil vers mes émotions sur lequel je suis contrainte de cheminer...
Elle évoque des souvenirs involontaires qui me rendent soumise...
Qui m'envahissent comme une poussière impalpable de frissons qui me gagnent...





Image: Peter Zupnik

Une chambre d'hôtel de n'importe quelle ville à n'importe quelle heure la nuit tombée...
Une atmosphère soûle de pulsions débauchées...
Des supplications saccadées pour étancher ma soif de jouissance...
Pour satisfaire mes cinq sens...
Mon ouïe...
Ma vue...
Mon odorat...
Mon toucher...
Mon goût... 

dimanche 9 mars 2014


J.B. Pontalis, philosophe, psychanalyste et écrivain. 

Quelques bribes ( délicieuses ) de sa parlure à lui :

" Les souvenirs...nous leurs rendons visite de temps à autre, quitte à les ressasser; ce que nous préférons, c'est qu'ils surgissent à l'improviste, preuve qu'eux du moins ne nous oublient pas. "

" L'enfant silencieux que j'ai longtemps été, l'enfant sage légèrement renfermé, disait-on, qui sera tout disposé plus tard à se croire incompris, mal aimé, n'a pas rencontré sur son chemin quelqu'un avec qui partager ses secrets et qui aurait su l'en délivrer: des secrets ignorés de lui-même. "

" Car cette grotte...c'est aussi le mystère d'un corps de femme et ces rochers tourmentés figurent - non pas figurent: sont - l'inquiétude, le tourment des hommes. "

"Mon besoin de musique et de son écoute solitaire vient sans doute aujourd'hui de ce qu'il entre de déception dans mon amour des mots. J'ai dû ressentir très tôt l'insuffisance foncière du langage, son infirmité native. Comment échapper à l'empire des signes, comment se laisser envelopper par un rythme, une mélodie, emporter dans des vagues, entraîner par des mouvements qui se succèdent ou s'entrecroisent, tantôt doux, tantôt violents, mais toujours venus de loin et allant on ne sait où?." 

" Sa rêverie l'en préserve. Il peut se laisser entraîner ailleurs, mais cet ailleurs n'est autre que son humeur vagabonde, que son oublieuse mémoire, il peut exprimer sans crainte ses attentes les plus déraisonnables, ses désirs inassouvis..."







vendredi 28 février 2014


Choses qui revêtent  l’âme de grisaille…


( Image: Wynn White )

Une fenêtre qui prend jour sur la mer rembrunie…
Une gamine le cœur flétri…
Une porte fermée sans serrure…
Une lune qui manque de parlure…

lundi 20 janvier 2014



Il se peut qu'il soit comme ça...
Un petit astre perdu au milieu de l'univers qui a décidé de s'abriter au plus profond de moi...
Une étoile fragile saupoudrée de poésie...
Émaillée de rêves ébauchés...
Revêtue d'éternels désirs inachevés...
Oui...
J'ai bel et bien compris que mon beau locataire
n'est qu'une fleur naïve aux pétales étoilés...

( Merci, Monsieur Vian...)



jeudi 16 janvier 2014

Derrière ces petites ( ou grandes ) réussites, 
il y a une fille courageuse : moi...
Et derrière moi, 
il y a une autre femme...
celle qui a réussi à faire de moi quelqu'un de persévérant...de battant...
celle qui m'a appris à venir à bout de toute épreuve...
( merci, maman...)



dimanche 5 janvier 2014


Quand on se réveille au milieu d'un rêve, 
on arrive à le garder...
à ne pas l'oublier...




samedi 4 janvier 2014

J'étais faite pour une autre planète... je me suis trompée de destination...

Simone de Beauvoir


...quelques gouttes de tendresse...
et un zeste de douceur....
( J'en suis preneuse...) 







Hier nuit...
Un orage grandiose...provocateur...agressif...presque luxurieux...
Une tempête absolument délicieuse...
L'une des plus intenses que je n'avais jamais vue auparavant...

( Me petite boule à poils tournait en rond...)
( Ne sachant plus où se cacher...)
( Vous avez la trouille...petit peureux....je lui ai chuchoté à l'oreille en souriant...)

Le ciel, pris en colère, m'offrait un spectacle bouleversant...
Des centaines de coups de foudre éclairaient ma chambre et rendaient la nuit jour et le jour nuit...

Le va-et-vient d'une pluie torrentielle, perdue et désorientée qui dansait au rythme maître des violons furieux inventait une atmosphère excitante, enivrante, une atmosphère qui réveillait tous mes sens et qui m'incitait à pénétrer dans un monde chimérique...


vendredi 3 janvier 2014

Janis Joplin

Elle est la seule à faire sortir de moi tout ce qui m'empêche de me faner...

Tellement envie de me laisser emparer du rythme de sa musique jusqu'à l’épuisement...
Tellement envie de chanter à pleins poumons...
de murmurer des mots interdits...
de me laisser emporter par mes désirs jusqu'à l'évanouissement...
de sentir comment ma respiration s’accélère et devient de plus en plus profonde...
de me sentir désirée...
d'être dévorée...

Oui...ça, c'est moi...folle...passionnée...intense....et j'adore... 


...Peut-être que la seule différence entre moi et les autres, 
c'est que j'en demande plus au soleil couchant,
des couleurs plus spectaculaires quand le soleil touche l'horizon.
C'est, peut-être, mon seul péché...

( Extrait du dernier film de Lars Von Trier )